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Consentement en matière de droit à l’image : possibilité d’un accord tacite

Le Tribunal judiciaire de Paris a récemment réaffirmé un principe essentiel en matière de droit à l’image : si le consentement à la captation, à la reproduction et à la diffusion de l’image d’une personne doit être certain, il n’a pas nécessairement à être donné par écrit. Le juge reconnaît qu’il peut résulter du comportement de la personne photographiée et/ou filmée. Dans cette affaire, le Tribunal a considéré qu’une participante à une émission télévisée, présente volontairement lors du tournage et acceptant d’être filmée dans ce cadre, a manifesté par son attitude un accord suffisant à l’exploitation de son image. Le Tribunal estime ainsi que la participation active et consciente au processus de réalisation constitue un indice clair de consentement, même en l’absence de contrat formel. Ce principe jurisprudentiel sécurise les pratiques audiovisuelles en admettant que l’acceptation peut être tacite, dès lors qu’elle repose sur des circonstances non équivoques. Cette solution évite de rendre obligatoire la signature systématique d’autorisations écrites lorsque le comportement des participants traduit déjà une volonté d’être filmés, quand bien mêmes elles restent recommandées. TJ Paris, 24 octobre 2025 n°23/11069   Retour aux articles

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Informer des distributeurs sur une contrefaçon présumée : attention au risque de concurrence déloyale par dénigrement

Le dénigrement est caractérisé lorsqu’une entreprise diffuse auprès de tiers des informations de nature à jeter le discrédit sur les produits ou les activités d’un concurrent. Le dénigrement est sanctionné sur le fondement de l’article 1240 du Code civil. Dans un arrêt du 15 octobre 2025, la Cour de cassation a rappelé une règle essentielle en matière de propriété intellectuelle : « En l’absence de décision de justice retenant l’existence d’actes de contrefaçon, le seul fait d’informer des tiers d’une possible contrefaçon est constitutif d’un dénigrement des produits argués de contrefaçon. »         Dans cette affaire, une société avait adressé des mises en demeure à des distributeurs pour leur demander de cesser la vente de produits suspectés de contrefaçon. Bien que les termes aient été jugés « mesurés » par la Cour d’appel, la Haute juridiction a cassé l’arrêt : l’absence de décision de justice rend la communication fautive en soi. Autrement dit, il est malvenu de prévenir des distributeurs ou des clients d’un concurrent d’un risque de contrefaçon, avant toute décision judiciaire. Cela revient en effet à jeter le discrédit sur ses produits. Cette décision confirme une jurisprudence constante, mais rarement affirmée avec autant de netteté, sur le risque de dénigrement attaché aux mises en demeure étendues auprès des tiers avant toute décision définitive ou ne faisant pas état des voies de recours exercées en cas de décision de 1ère instance. Com., 15 octobre 2025, n°24-11.150 Retour aux articles

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Annulation d’un brevet concédé en licence : absence d’obligation du licencié de payer les redevances échues

La décision d’annulation d’un brevet, dotée d’un effet absolu (art. L.613-27 du Code de la propriété intellectuelle), emporte en principe la nullité de la licence qui y est attachée. Toutefois, la jurisprudence estime de manière constante que la nullité de la licence résultant de la nullité du brevet concédé n’a pas pour conséquence de priver rétroactivement de toute cause la rémunération mise à la charge du licencié en contrepartie des prérogatives dont il a effectivement joui, le licencié pouvant avoir retiré un avantage de la licence. Ainsi, si l’annulation du brevet met fin à l’obligation de payer les redevances futures, elle ne remet généralement pas en cause les redevances déjà échues. La Cour d’appel de Paris a récemment rendu une décision en décalage avec ce principe jurisprudentiel. Dans cette affaire, le concédant d’une licence portant sur un brevet annulé réclamait à son licencié le paiement des redevances de licence échues. Or, la Cour a ici considéré que le licencié n’avait jamais mis en œuvre le brevet sous licence. Le concédant de la licence n’avait en effet pas été en mesure de rapporter la preuve de l’exploitation dudit brevet par le licencié. La Cour a donc rejeté la demande de paiement des redevances échues formulée par le concédant de la licence, au motif que le licencié n’avait retiré aucun avantage de la licence, ni de l’exclusivité liée. Par prudence, les parties auront intérêt à prévoir une clause du contrat de licence fixant le sort des redevances en cas d’annulation du brevet, stipulant notamment que les redevances échues avant la décision d’annulation demeureront acquises au concédant. – Cour d’appel de Paris, 29 oct. 2025, n° 23/18018 Retour aux articles

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Une offensive judiciaire d’ampleur en France contre le piratage numérique

Une offensive judiciaire d’ampleur en France contre le piratage numérique. La demande de blocage émanait d’ayants droit tels que Paramount et Gaumont, et avait été formulée sur le fondement de l’article L.336-2 du Code de la propriété intellectuelle qui permet aux juges d’exiger des mesures de blocage à l’encontre d’intermédiaires techniques tels que les FAI, même s’ils ne sont pas directement responsables des contenus diffusés. Cette décision est une avancée majeure dans la lutte contre les sites pirates qui diffusent illicitement des œuvres protégées par le droit d’auteur. En effet, dans sa décision, le Tribunal avait prévu la possibilité pour les ayants droit d’actualiser la liste des noms de domaine à bloquer auprès de l’ARCOM (sans devoir saisir à nouveau le Tribunal), afin de répondre à l’évolution constante des sites pirates qui changent régulièrement de noms de domaine pour contourner les restrictions. Ce mécanisme d’injonctions dynamiques est crucial, car il permet de s’adapter aux pratiques des sites pirates, qui rivalisent d’imagination pour rester accessibles, malgré les mesures de blocage. – Jugement du Tribunal judiciaire de Paris du 10 avril 2025, RG n° 25/02457 👉 Contactez notre cabinet pour un accompagnement personnalisé. Retour aux articles

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IA et droit d’auteur : victoire en demi-teinte d’Anthropic aux Etats-Unis

La District Court du Nord de la Californie était appelée à se prononcer sur l’usage non autorisé de millions de livres par Anthropic, à la fois pour entraîner son intelligence artificielle (IA), intitulée « Claude », que pour constituer une bibliothèque numérique interne. Anthropic, spécialisée dans la conception de modèles d’IA, a constitué une vaste bibliothèque numérique interne pour ses employés, regroupant plusieurs millions d’ouvrages. Une partie de ces ouvrages a été obtenue de manière illicite, notamment via des plateformes de piratage. Plusieurs auteurs américains, dont les œuvres avaient été intégrées à cette base documentaire sans autorisation, ont engagé une action en contrefaçon de droits d’auteur contre Anthropic. Ils soutenaient que l’utilisation de leurs œuvres, tant pour l’alimentation de la bibliothèque que pour l’entraînement des modèles d’IA, dépassait le cadre du « fair use » (« usage loyal »). Le « fair use » est une exception prévue par le droit américain qui permet, sous certaines conditions, l’exploitation d’œuvres protégées sans autorisation préalable des ayants droit, notamment à des fins pédagogiques, de recherche ou d’innovation technologique. En droit français, cette notion n’existe pas en tant que telle, mais certaines exceptions légales peuvent s’y rapprocher. La District Court du Nord de la Californie a estimé par une ordonnance du 23 juin 2025 que l’entraînement du modèle d’IA d’Anthropic constituait un usage « hautement transformateur ». Les œuvres n’étaient ni reproduites, ni rediffusées telles quelles : elles étaient intégrées dans un processus statistique destiné à générer de nouveaux textes en réponse aux requêtes des utilisateurs. Aucune sortie générée par l’IA (« output ») n’a été considérée comme une reproduction substantielle des œuvres protégées. Cet usage a été considéré comme relevant du « fair use », car il modifiait profondément la finalité des œuvres utilisées (création de nouveaux textes via l’IA) sans empiéter sur les droits économiques des auteurs. Concernant les ouvrages acquis légalement sous format papier puis numérisés par Anthropic afin d’alimenter sa bibliothèque numérique interne, la Cour a également admis l’application de l’exception du « fair use », estimant que cette pratique s’inscrivait dans une logique de recherche et d’archivage. En revanche, la conservation de millions de copies d’œuvres piratées pour alimenter la bibliothèque numérique interne ne relève pas du « fair use » et constitue une contrefaçon selon la Cour. Le 5 septembre 2025, Anthropic a annoncé avoir conclu un accord transactionnel d’un montant exceptionnel de 1,5 milliard de dollars avec les demandeurs afin de mettre un terme au litige. – United States District Court Northern District of California, June 23, 2025, N°C 24-05417 WHA 👉 Contactez notre cabinet pour un accompagnement personnalisé. Retour aux articles

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Déposer une marque en France : les étapes clés à connaître

La marque est bien plus qu’un simple nom : c’est l’identité de votre entreprise et un atout stratégique. Pourtant, beaucoup d’entrepreneurs sous-estiment son importance ou ignorent les démarches pour la protéger. Voici un guide clair des étapes à suivre pour sécuriser votre marque en France. 1. Vérifier la disponibilité de la marque Avant toute demande, il est essentiel de s’assurer que le nom ou logo choisi n’est pas déjà protégé. Une recherche d’antériorité peut être effectuée sur la base de données de l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle). 2. Déterminer les classes de produits et services Chaque dépôt de marque doit indiquer les catégories (appelées « classes de Nice ») dans lesquelles elle sera protégée. Un choix stratégique, car une protection trop restreinte peut limiter vos droits. 3. Procéder au dépôt auprès de l’INPI La demande se fait en ligne, via le site de l’INPI. Les frais dépendent du nombre de classes choisies. Une fois déposée, la marque bénéficie d’une protection initiale de 10 ans, renouvelable indéfiniment. 4. Anticiper les oppositions Après le dépôt, une période de publication permet aux tiers de s’opposer si leur propre marque est trop proche. Un avocat peut vous assister pour répondre à ces oppositions. 5. Exploiter et défendre sa marque Une marque doit être utilisée concrètement (sur vos produits, votre communication). En cas de copie, il est possible d’agir en contrefaçon pour faire valoir vos droits. Déposer une marque est une étape clé dans la construction et la sécurisation de votre activité. Un accompagnement juridique adapté permet d’éviter les erreurs et d’assurer une protection optimale. 👉 Besoin d’aide pour déposer votre marque à Paris ou ailleurs en France ? Contactez notre cabinet pour un accompagnement personnalisé. Retour aux articles

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Protéger ses créations à l’ère du numérique : ce qu’il faut savoir en 2025

Que vous soyez entrepreneur, artiste ou innovateur, la protection de vos créations est aujourd’hui plus essentielle que jamais. Entre intelligence artificielle, contenus numériques et concurrence accrue, le droit de la propriété intellectuelle évolue rapidement. 1. Marques, œuvres et brevets : les piliers de la protection La propriété intellectuelle regroupe plusieurs outils juridiques : La marque, qui protège votre identité commerciale. Le droit d’auteur, qui couvre vos créations originales (textes, photos, logiciels…). Le brevet, qui s’applique aux inventions techniques. Ces protections permettent de valoriser vos créations et de défendre vos droits en cas de copie ou d’utilisation abusive. 2. Nouveaux défis en 2025 Œuvres générées par l’intelligence artificielle : leur statut juridique reste incertain, mais elles peuvent soulever des risques de contrefaçon. Le numérique : la diffusion instantanée des contenus en ligne facilite les copies et impose une vigilance accrue. L’internationalisation : vos droits ne s’appliquent pas automatiquement partout, d’où l’importance d’anticiper vos dépôts. 3. Pourquoi consulter un avocat ? Un accompagnement spécialisé permet de : Choisir la meilleure stratégie de protection selon votre activité. Anticiper les litiges et sécuriser vos contrats. Suivre l’évolution constante des lois et de la jurisprudence. La propriété intellectuelle est un atout stratégique pour protéger et valoriser vos créations. En 2025, face aux défis numériques et technologiques, il est plus que jamais nécessaire de s’informer et de se faire accompagner. Retour aux articles